Marie-Pierre, la dame de fer (Portrait)

Bouaké360-Bouaké (Côte d’Ivoire)

Marie-Pierre Kouakou, ferronnière à Bouaké, dans la deuxième ville ivoirienne a réussi avec détermination malgré sa frêle silhouette à embrasser un corps de métier dominé par les hommes, où, la force physique est souvent recommandée pour exécuter des travaux. Portrait

Marie-Pierre Kouakou, la dame de fer

« La ferronnerie n’est pas exclusivement liée à la force physique, l’intelligence joue également un grand rôle dans ce métier », rétorque de sa voix fluette la stagiaire trouvée à l’atelier de construction métallique YKJ, situé à Ahougnanssou-Sicogi, à la périphérie ouest de Bouaké. Un bonnet noir couvrant ses cheveux, des lunettes de protection plaquées sur son visage de forme triangulaire, Marie-Pierre, une meule dans les mains, semble déterminer à finir le polissage d’une grille de protection en construction. Les étincelles qui jaillissent au contact de la meule électrique contre le fer et le bruit assourdissant que ce frottement produit sont loin d’intimider la frêle jeune fille, de 45 kg avec ses 1m 57.

Cela fait déjà trois mois que la jeune apprenante a entamé un stage dans l’entreprise YKJ pour se faire la main, après l’obtention d’un Brevet de technicien (BT) option construction métallique au Collège d’enseignement technique (CET) de Bouaké.

Pourtant rien ne prédisposait cette timide jeune fille à la démarche nonchalante à faire ce travail de façonnage du fer. En Côte d’Ivoire, les ferronniers s’intéressent principalement à la fabrication de produits liés à la sécurité, notamment des portails, fenêtres, et grilles de protection.

« Je n’avais jamais entendu parler de construction métallique auparavant, tout ce que je savais du travail du fer se rapportait au métier du forgeron qui fabrique des dabas », se souvient la jeune apprentie. « Tout naturellement, c’est donc avec beaucoup d’appréhension et d’inquiétude que j’ai accueilli la nouvelle de mon admission pour une formation dans ce corps de métier. Franchement, je me faisais beaucoup d’idée avant mon arrivée au CET-Bouaké », ajoute avec un brin d’étincelle dans les yeux, la fervente chrétienne catholique.

C’est en 2018 qu’elle intègre après un concours, cet établissement pilote de formations qualifiantes et diplomantes en BT et CAP (Certificat d’aptitude professionnel).

Marie en plein cours pratique

Née le 1er janvier 1996 à Koun-Fao, dans le nord-est ivoirien, Marie-Pierre Kouakou a eu un parcours scolaire jonché de plusieurs échecs. Apres son cycle primaire à l’école municipalité de Koun-Fao, elle est orientée au collège moderne de la ville, où elle échoue à son examen du BEPC. Elle repend sa classe au collège MUCRES, un établissement privé et fini par être admise à son examen. Marie restera donc dans ce collège jusqu’en classe de terminales. Apres 2 échecs successifs au baccalauréat. Elle se présente 2 autres fois en tant que candidate libre mais la défaite reste cuisante pour la native de Koun-Fao. Elle est effondrée après ces quatre années à courir derrière le bac. C’est en ce moment précis qu’intervient un oncle de la famille, qui lui propose de s’orienter vers l’enseignement professionnel.

L’adolescente accepte la proposition de son oncle et s’inscrit pour le concours d’entrée dans une école de formation professionnelle. C’est à Daloa, dans le centre-ouest ivoirien qu’elle passe l’examen. Elle est admise et orientée au CET de Bouaké.

L’arrivée de la jeune Agni de Koun-Fao à Bouaké, en plein cœur du pays Baoulé n’est pas quelque chose d’aisée pour elle. Au CET, l’internat n’est ouvert qu’aux garçons. Elle devra donc trouver un domicile où dormir. « J’ai pu trouver une maison en location à 10000 Fcfa par mois. C’est mon frère qui paie le loyer depuis 3 ans. La bourse de 36000 Fcfa par an octroyée par l’Etat ne peut donc pas résoudre ce dilemme », révèle Marie-Pierre, un sourire narquois aux lèvres.

De son regard perçant, elle scrute l’horizon un moment avant de se lâcher. « Franchement, après ces 3 années passées à l’école, c’est comme si on réapprend tout ici, en stage. On a reçu que des cours théoriques tout au long de ces années à l’école. Pourtant il est inscrit 4 heures de TP (Travaux pratiques) par semaine dans notre emploi du temps mais en définitive c’est à peine que nous avons touché aux postes de soudure ou autres étaux pourtant présents en nombre dans l’atelier de l’établissement ».

Marie et son binôme Affoussiata

« C’est vrai que l’apprentissage n’est plus de pointe dans nos écoles de formation », reconnait Yao Kouadio Julien, le directeur de l’entreprise YKJ, qui reçoit en stage Mlle Kouakou. Selon ce chef d’entreprise, ancien élève du CET de Bouaké dans les années 90, il y a eu un grand changement dans l’offre de formation depuis lors. « Les enfants arrivent ici mais sont obligés de tout apprendre, souvent à zéro. En général, ils ne possèdent aucune notion pratique quand ils arrivent en stage chez nous. C’est vraiment dommage. Ce n’était pas le cas au moment où nous on se formait. Les choses ont vraiment changé », fait remarquer M. Yao, exhortant les autorités compétentes à trouver une solution durable à cette situation d’inadéquation formation-emploi.

« En général, les filles qui arrivent dans ce métier s’intègrent souvent plus facilement que les hommes », révèle-t-il par la suite, en réponse à une question sur le taux d’abandon des filles dans ce métier. « Jusque maintenant, sur la dizaine de filles que j’ai formé au cours des dernières années, elles continuent presque toutes dans ce métier. Deux parmi elles ont même été engagées dans de grandes entreprises navales en Europe ». Ce témoignage du patron de l’entreprise YKJ, vient donc balayer du revers de la main d’autres propos recueillis auprès d’apprentis garçons, qui pensent que ce métier n’est pas fait pour les femmes, car, « trop faibles » physiquement pour tenir, selon ces derniers.

Cette remarque de ces apprentis est également battue en brèche par les deux autres filles de l’atelier. « Plus on me critique, plus cela me donne le courage de bien faire », lance, Coulibaly Affoussiata, le binôme de Marie-Pierre. Elles sont toutes les deux issues de la même promotion au CET.

« Les femmes peuvent exercer tous les métiers du monde, il suffit d’une volonté de fer et le tour est joué », complète, rageuse, Kouamé Miahia Bernadette, la 3è apprentie de l’atelier. Elle a un parcours différent des deux autres stagiaires. Apres son échec au BEPC, elle décide d’apprendre un métier. C’est ainsi qu’elle découvre la ferronnerie qu’elle finit par embrasser. « J’aime véritablement ce métier. Apres mon apprentissage, je vais m’installer à mon propre compte », conclut-elle sereine.

Quant à Kouakou Marie-Pierre, elle reste incertaine sur l’issue à donner à sa vie professionnelle. « Tout va dépendre de la décision de mon frère qui s’occupe de moi financièrement depuis que j’ai intégrée le CET de Bouaké, il ya 3 ans », confie-t-elle, les yeux perdus dans le vide.                                                

De toutes les façons, deux voix s’ouvrent désormais devant Marie-Pierre Kouakou. Tenter le cap de la reconversion ou marquer l’histoire en se positionnant comme l’une des rares femmes ivoiriennes à exercer dans le travail du fer.

Cheik Koné

Titre de l’article inspiré par Israël Guébo

Alexis, le cultivateur de 22 ans qui veut devenir acheteur de produits

Bouaké360-Béoumi (Côte d’Ivoire)

Yocolli Kouamé Stéphane alias « Alexis » est cultivateur dans son village natal à Ando Kékrenou, une sous-préfecture de Béoumi située à 85 km à l’ouest de Bouaké. Cet ivoirien de vingt-deux ans qui possède déjà un champ de 2 hectares et demie d’anacardiers et de cacaoyers ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Il ambitionne désormais se reconvertir en acheteur de produits agricoles. Portrait

Alexis sait très bien la route longue et rude pour atteindre ce but qu’il s’est fixé. Mais le travail ardu et sans relâche il en connait toutes les ficelles. Lui, ce fils de paysan qui sait comment transformer une bande aride en terre fertile et nourricière avec quelques outils rudimentaires et la sueur de son front, ce n’est pas le métier d’acheteur de produits qui devrait l’effrayer. Pour lui, le seul frein à cette ambition personnelle ne peut être que d’ordre financier. C’est-à-dire le tout premier coup de pousse venant d’une structure spécialisée de financement exerçant dans le négoce de la noix de cajou.

« Je souhaite donc l’aide des structures spécialisées ou coopératives qui pourront me subventionner ou pourquoi pas ouvrir une délégation dans la zone où je pourrais être leur représentant. Aussi toutes personnes désireuses de m’aider sera la bienvenue » a-t-il réitéré à ce sujet.

« J’ai déjà une expérience dans l’achat et la revente de produits agricoles durables comme le maïs, l’anacarde, le piment, l’attiéké séché et le cacao » et de surcroit, affirme-t-il ensuite, « je maîtrise bien la zone à Béoumi et Ando-Kékrenou où je collabore déjà avec des acheteurs de la noix de cajou brute ».

Orphelin de père, Yocolli Kouamé Stéphane a arrêté l’école en classe de 6è pour « faute de moyens financiers ».

« J’ai fait un cycle primaire normal comme tout le monde à Kékrenou, mais pour moi c’était une école pas comme les autres. C’est-à-dire que c’était difficile parce que, issu d’une famille pauvre pour faute de moyens financiers, j’ai dû arrêter l’école en classe de 6ème au lycée moderne de Béoumi », se souvient-il avec un brin d’amertume dans la voix.                                                                                                                           Apres ce premier parcours inachevé dans le cheminement de son destin, Stephane n’est pas prêt pour autant à baisser les bras. Il va alors se lancer dans la vie active en tant que laveur de voiture dans le chef lieu de département à Béoumi.                                                                       

Selon lui, « après l’échec à l’école je pratiquais de temps à autres quelques petits métiers pour avoir quelque chose à manger jusqu’à ce que je croise le propriétaire d’un lavage qui m’a recruté dans sa petite entreprise où je percevais  15000 Fcfa le mois. Ce qui m’a permis d’aider certains frères qui continuaient les cours au lycée de Béoumi et épargner un peu pour mes projets ».

Poursuivant, M. Yocoli Kouamé se rappelle avoir réussi à épargner une somme de 50000 Fcfa avec laquelle il a acheté les outils nécessaires et a foncé sans hésiter dans son village à Kekreou où l’attendait une parcelle à cultiver. Ce héritage familial qu’il récupère en 2014, il va le labourer pour y faire pousser des ignames sans oublier de semer entre les buttes des grains de cajou. Aujourd’hui, soit 7 ans après, c’est avec fierté qu’il affirme avoir transformé cette parcelle en 2 hectares d’anacarde et des pieds de cacaoyers qu’il a introduit en 2019.

Les premiers revenus de son champ d’anacarde estimés à 70000 Fcfa pour la petite campagne et 100.000 F pour la grande campagne pendant la récolte, il s’en souvient comme si c’était hier.

C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme qu’il conclut en adressant un message d’espoir à la jeunesse ivoirienne, principalement à celle de sa région natale à se donner au travail surtout de la terre parce la Côte d’Ivoire repose sur l’agriculture.

Eliezer Rodemi

Prof Poamé, le penseur de « Bouaké la neuve », quitte la tête de l’UAO

Côte d’Ivoire-Société-UAO-Portrait-Prof Lazare Poamé

Bouaké360-Bouaké (Côte d’Ivoire)

Ce mercredi 20 janvier 2021, la nouvelle est tombée à l’issue de l’hebdomadaire conseil des ministres, le professeur Lazare Marcelin Poamé est remplacé à la tête de l’université Alassane Ouattara (UAO) de Bouaké où il aura passé une dizaine d’années de sa vie à penser un nouveau départ pour cette institution, qui, à l’issue de la crise militaro-politique de 2002 s’était retrouvée couper en deux puis délocalisée à Abidjan dans la capitale économique ivoirienne. Portrait

Elu président de l’université de Bouaké en décembre 2009, alors que l’institution squattait ou louait encore des locaux publics ou privés à Abidjan et Boauké, l’émérite homme de science a très vite compris que seule une approche philosophique de la situation pouvait donner les résultats escomptés à moyen et long terme. Il rentre alors en cogitation et sort le concept de « Bouaké la neuve », l’immense chantier précurseur du retour de l’université de Bouaké sur sa terre initiale. Il savait d’avance la tache ardue, son université devra s’atteler à débroussailler plusieurs hectares de terrain avant la pose des premières pierres de ses édifices lustrés.

L’intrépide Lazare Poamé se lance alors corps et âme dans ce projet futuriste qu’il nourrit avec sa passion et son leadership personnel. En 2010, après l’élection d’Alassane Ouattara à la tête du pays et la crise postélectorale qui s’en est suivie, l’université de Bouaké est reconstruite par l’Etat puis rebaptisée université Alassane Ouattara. M. Poamé retrouve enfin son antre, son temple du savoir qu’il a pensé des nuits blanches durant.

Place maintenant à son organisation interne et sa gestion quotidienne, mission presque impossible en Côte d’Ivoire pour un président d’université quand on connait la braise sur laquelle repose cet espace où les grèves intempestives d’étudiants et d’enseignants sont légions et se terminent souvent dans le sang depuis les années 90.

 L’homme au parlé soutenu, soigneusement puisé dans la riche lexicologie de la langue de Molière fabrique la solution à cette problématique en mettant en place des espaces officiels de discussion entre sa présidence et les autres acteurs. Ce qui lui vaut le mérite d’avoir réussi à pacifier pendant une décennie l’espace universitaire Alassane Ouattara.

Les lauriers ne tardent pas à pleuvoir de partout, tant au plan personnel, académique et social pour cette université de Bouaké et son président.   

Meilleur président des universités publiques de Côte d’Ivoire, 3 fois lauréate du prix d’excellence du président de la république récompensant les meilleurs enseignants-chercheurs de Côte d’Ivoire, meilleur directeur des affaires financières (DAF) des universités de Côte d’Ivoire sont entre autres quelques résultats du travail accompli en une décennie. Les retombées académiques positives, c’est le prof Poamé qui l’explique lui-même.

Sur la base des résultats qu’elle a obtenu ces dernières années lors des concours d’agrégation et de titularisation du CAMES (Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur), le bilan de l’université Alassane Ouattara est « largement positif », s’était-il réjoui en novembre 2016, à l’occasion de la cérémonie officielle de la rentrée solennelle 2016-2017 des universités et grandes écoles de Côte d’Ivoire, en présence des ministres Ramata-Ly Bakayoko alors ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique et de l’ancien ministre Paul Koffi Koffi.

« Notre bilan largement positif est au prorata des efforts déployés par l’Etat de Côte d’Ivoire, les enseignants-chercheurs, les chercheurs, les membres du personnel administratif et technique et les étudiants pour relever ce défi » avait-il souligné ensuite en toute modestie.                                      En 2015, au concours d’agrégation des sciences juridiques son université a fait 100% de réussite. De 2010 à 2016 elle est restée constante en réalisant un taux de réussite de 100% au concours d’agrégation de médecine. En 2016, l’UAO a réitéré son exploit en obtenant 100% à la titularisation en lettres et sciences humaines.

A cette même date en 2015, ce sont 289 promus de la promotion 2008-2015 du CAMES, issus de L’Université Alassane Ouattara qui ont été célébrés, en présence du Directeur de cabinet du ministre ivoirien de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique et du secrétaire général du CAMES

171 Maîtres-assistants (MA), 71 Maîtres de conférences (MC) et 47 Professeurs titulaires (PT) formaient ce groupe des heureux récipiendaires.

En 2018, l’université comptait 20 000 étudiants, 648 enseignants-chercheurs, 24 chercheurs et 338 personnels administratifs.

Lazare Marcelin Poamé fait son entrée chez les Immortels en 2012, en tant que premier africain noir membre associé de l’académie royale de Belgique. Intellectuel de renommée mondiale, il est professeur titulaire de chaire UNESCO de Bioéthique. Philosophe et Bio éthicien, Expert dans les organisations internationales. Il est le Coordonnateur du Master d’Ethique, et de Bioéthique (Afrique de l’Ouest), et est également collaborateur de la Nouvelle Encyclopédie de Bioéthique.

Au-delà de tous ces prix et remerciements, l’une des plus grandes satisfactions de ce célèbre bio éthicien qui a introduit cette science en 1994 en Côte d’Ivoire, aura été d’avoir réussi en 2010 à faire délocaliser la Chaire UNESCO de Bioéthique dans l’enceinte de l’université Alassane Ouattara à Bouaké, dans le centre du pays, donnant ainsi à cette institution une dimension internationalement reconnue.  

« La bioéthique est à la fois un espace de discussion rationnelle et un champ disciplinaire nouveau axés sur les problèmes à dimension éthique posés par le développement hallucinant de la biologie moléculaire et des techno sciences biomédicales », avait-il expliqué dans une interview accordée au confrère abidjan.net.

« Parmi les problèmes dits paradigmatiques de la bioéthique, on peut citer l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie, l’insémination artificielle, le clonage, le statut de la sexualité, du sperme congelé, de l’embryon et de la mère porteuse, l’eugénisme, la brevetabilité du vivant, les OGM, l’informatisation et la manipulation des bases de données personnelles, la commercialisation des organes du corps humain et de ses produits, la finalité de la médecine, des armes bactériologiques et les problèmes environnementaux tels que la biodiversité et la biosphère », avait ajouté l’éminent Maitre.

Les avantages de la présence de la Chaire UNESCO en Côte d’Ivoire, l’immortel Poamé le commente en quelques phrases : « Loger une Chaire de l’ensemble du monde francophone dans une Université africaine et précisément ivoirienne donne à la Côte d’Ivoire une visibilité honorable. Cette visibilité s’est particulièrement accrue à l’UNESCO où la Côte d’Ivoire, à travers le Titulaire de la Chaire, a été portée à la tête du Groupe Afrique du Comité Intergouvernemental de Bioéthique (CIGB) en 2013 ».

Aussi, un autre avantage est celui de la mise au jour de la compétitivité scientifique des Universités ivoiriennes. Etant donné que l’obtention de cette Chaire, la première du genre dans le monde francophone, est conditionnée par une série d’épreuves, la Côte d’Ivoire peut se targuer d’avoir des ressources humaines de qualité. À travers cette Chaire, la Côte d’Ivoire a également l’avantage d’avoir à portée de main une expertise dont elle peut disposer pour résoudre, sous les tropiques, les problèmes de bioéthique.  Ainsi, la Chaire s’attache, par des activités de recherche et à la demande d’institutions publiques et privées, à aider à une meilleure compréhension des transformations sociétales afin que les réponses proposées soient suffisamment éclairées, notamment par les principes éthiques et bioéthiques.

Né à Nouamou, dans le sud-est de la Côte-d’Ivoire, le 26 avril 1963, le professeur Lazare Marcelin Poamé est un homme de conviction. Travailleur infatigable, il a gravi toutes les marches de la hiérarchie académique en passant d’Assistant à Maître-assistant puis Maître de conférences, et Professeur titulaire. Les différents échelons de l’administration universitaire il les a gravis en qualité de chef de département, Vice-doyen et Doyen.

Au lendemain de son élection en 2009 à la présidence de l’université de Bouaké, il avait décidé de mettre toute son expérience au service de cette institution à travers son ambitieux projet dénommé « Bouaké la neuve » dont l’enjeu principal était de donner une impulsion plus forte pour une université Alassane Ouattara plus compétitive.                             

Cheik Koné

Zango l’africain, 1er homme à franchir les 18m au triple saut en salle

Bouaké360-Bouaké (Côte d’Ivoire)

Du haut de ses 1m80, Hugues-Fabrice Zango est le premier homme dans l’histoire de l’athlétisme à passer la barre des 18 mètres au triple saut en salle. Cette « barrière mentale » enfin levée, le Burkinabé de 27 ans a désormais les yeux rivés vers les Jeux olympiques (JO) 2021, prévus dans six mois au Japon, où il compte offrir sa toute première médaille olympique à son pays le Burkina Faso. Portrait

Ce samedi 16 janvier 2021, au meeting d’Aubière, à Clermont-Ferrand, dans le centre de la France, Hugues-Fabrice Zango a pulvérisé le record du monde du triple saut en salle avec une marque de 18,07 m, explosant du même coup son meilleur saut personnel de 17,77m. Le triple sauteur burkinabé détrône donc son entraîneur Français Teddy Tamgho, détenteur de ce record depuis 10 ans (2011-2021) avec un exploit de 17,92 m, réalisé le 6 mars 2011 à Paris-Bercy lors des championnats d’Europe en salle.

« Je passe de simple médaillé à prétendant à une médaille d’or, je change de grade », a déclaré le jeune prodige du pays des Hommes intègres après son saut historique, réussi à son 6è et dernier essai au meeting d’Aubière.

Pourtant rien ne présageait ce destin à Zango. Né à Ouagadougou, dans la capitale burkinabé le 25 juin 1993, il a été repéré tardivement à l’âge de 18 ans. Arrivé en France en 2015 avec un visa d’étudiant, il retrouve les pistes d’athlétisme « par hasard », et depuis lors, breloques et couronnes se sont enchainées autour du cou et de la tête de ce solide gaillard de 78kg.

Après son record d’Afrique en plein air de 17,66 m, sa plus grande fierté reste à ce jour, la première et unique médaille mondiale de bronze qu’il a offert à son pays, le Burkina Faso, lors des Mondiaux de Doha en 2019. Derrière ce sacre de samedi, Fabrice Zango n’a qu’un seul objectif , devenir le premier athlète burkinabé médaillé aux JO 2021 à Tokyo.

« Quand l’élève dépasse son maître. Nous savions déjà que le record devait tomber. Maintenant on repart au boulot car il ne faut pas s’arrêter là », a tweeté son coachTeddy Tamgho.

« C’est un jeune triple sauteur encore. Il a vraiment commencé le triple saut à 20 ans, puis s’est entraîné de manière sérieuse depuis qu’il a intégré mon groupe en 2018, avant ça il était un peu en free lance. Hugues est en constante progression. Et avant de penser à rebattre ce record, je veux déjà qu’il confirme autour de cette marque de 18m, afin de réduire le delta et de penser à aller de plus en plus loin », a ensuite commenté l’entraineur de l’Artois Athlétisme.

En attendant les JO 2021 dans environ 6 mois, Hugues Fabrice Zango qui possède une tête aussi bien faite que ses jambes, continue de préparer avec sérénité une thèse en génie électrique.

Dr Yassine Fofana, un demi-siècle de combat pour normaliser la médecine traditionnelle africaine (Portrait)

Bouaké (Côte d’Ivoire)-Bouaké360

Le célèbre chercheur-pharmacien ivoirien Dr Mamadou Yassine Fofana, titulaire d’une vingtaine de brevets de formules scientifiques de médicaments à base de plantes médicinales a fêté ses 76 ans de vie en 2017 dont 41 années passées entre ses éprouvettes et les bois sacrés du continent africain pour documenter et normaliser le fabuleux travail abattu depuis des millénaires par de nombreux détenteurs anonymes des secrets de la médecine traditionnelle africaine. Retour sur le portrait de ce panafricaniste émérite, publié pour la première fois en 2017 sur le site du confrère apanews.net.

Après des études à la faculté mixte de médecine et de pharmacie de Rouen (France) où il obtient un diplôme de pharmacien-chercheur, le jeune Mamadou Yassine Fofana rentre en Côte d’Ivoire en 1976. Il est alors affecté à Korhogo dans l’extrême Nord du pays où il occupe pendant 3 ans le poste de pharmacien chef du Centre hospitalier rural (CHR) de la localité.

En 1984, il quitte la fonction publique et installe sa première officine de pharmacie à Bouaflé (Centre-Ouest) avant d’ouvrir la même année la pharmacie de la grande mosquée de Bouaké, dans le Centre-Nord ivoirien.

C’est donc à Bouaké que ce passionné de nature et de culture africaine va décider de s’installer pour mettre son savoir-faire en pratique, en vue de donner une base scientifique à la médecine traditionnelle, une science longtemps décriée par ces détracteurs de charlatanisme. Il crée donc à Bouaké, en 1990, les laboratoires Galefony, un centre de recherche et de production de médicaments à base de plantes médicinales, en partenariat avec le département de la médecine traditionnelle (DMP/INRSP) de Bamako (Mali).

Pour ce farouche africaniste, ‘’l’Africain doit avoir confiance à l’Africain parce que notre savoir-faire dans le passé a été très important et grâce aux recettes de nos ancêtres, nous avons pu survivre’’ avant l’avènement de la colonisation ‘’à travers l’exploitation des plantes que ce soit à des fins thérapeutiques ou nutritionnelles’’.

‘’L’Afrique est riche’’, pourquoi diantre, ‘’n’arrivons nous pas à comprendre cela’’ aime-t-il répéter de sa voix un peu enrouillée par le poids de l’âge.

‘’Nous avons hérité des recettes traditionnelles qui ont permis de soigner nos ancêtres depuis des millénaires. En exploitant une telle richesse, on aura la possibilité de soigner la population à moindre coût’’, fait-il remarquer avant de s’interroger ‘’quand l’invisible sera-t-il visible ?’’.

Comme pour dire que malgré tout le travail abattu dans l’ombre des laboratoires ‘’on est en train de dévaster nos forêts qui renferment les plantes médicinales (…) Nos Etats sont encore réticents pour nous accompagner dans la recherche et dans la promotion de nos produits qui sont pourtant labellisés (…) Les visas d’exploitation des produits coûtent chers et il faut les renouveler chaque 5 ans’’.

Malgré toutes ces difficultés, de nombreux témoignages attestent de l’efficacité des produits fabriqués par les soins de l’érudit ivoirien.

‘’Je suis un exemple de ceux que le Dr Fofana Yassine a sauvés’’, a, publiquement, témoigné Me Yaya Koné, lors d’une conférence animée le samedi 25 février, à Bouaké, par l’homme de science sous le thème : « Apport de la médecine traditionnelle dans les soins de santé : prise en charge des pathologies courantes ».

‘’Je souffre de la goutte et en même temps j’ai été victime d’une insuffisance veineuse du membre inférieur gauche et j’ai manqué de me faire amputé à Bouaké’’ a poursuivi Me Koné,ajoutant que ‘’je me suis rendu en Tunisie où j’ai suivi une intervention chirurgicale, je suis revenu et la maladie a repris et le Dr Yassine Fofana ici présent est celui là qui a permis que je porte à nouveau des chaussures fermées’’.

D’ailleurs, c’est au cours de cette conférence que le pharmacien-chercheur a proposé comme alternative à la mévente du cacao (un sujet qui fait beaucoup de bruits en ce moment en Côte d’Ivoire)de transformer localement ce produit afin d’en faire un médicament.

‘’Nous avons déjà commencé à utiliser le beurre de cacao pour faire des suppositoires, cela existe déjà en Europe et nous allons le faire ici en Côte d’Ivoire, alors qu’on parle de mévente du cacao’’, a souligné Dr Fofana.

Pour lui, ‘’si le gouvernement nous encourage, on pourra utiliser le beurre de cacao pour fabriquer des médicaments’’. Ce qui d’ailleurs va occasionner la création de ‘’beaucoup d’emplois’’ autant pour les planteurs que pour les employés de la chaîne industrielle qui sera créée à cet effet.

Selon le scientifique, le cacao contient une substance ‘’non excitante qui tranquillise’’. Ce produit s’il est transformé en médicament pourrait donc servir comme un puissant tranquillisant. Également, a-t-il fait savoir, ‘’la noix de cajou peut être utilisée comme bactéricide(pour tuer les bactéries), comme antimicrobien et nous pouvons transformer ses feuilles pour faire des antibiotiques et des antimycosiques (pour lutter contre les mycoses et la teigne).

C’est pourquoi il invite les pouvoirs publics à investir dans cette direction ‘’au lieu d’attendre des miettes’’ de la vente de ces produits agricoles sur le marché international.

‘’L’Etat ivoirien vient à peine de donner l’autorisation pour que nous vendons nos produits dans les pharmacies. Je fais partie de l’équipe qui encourage cela avec l’appui du ministre actuel de la recherche scientifique et de l’enseignement supérieur (ndlr : actuel ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, Pr Ramata Ly-Bakayoko’’, relève-t-il.

Sur une vingtaine de produits à base de plantes médicinales dont les brevets portent son nom, seulement deux sont en ce moment ;vendus en pharmacie en Côte d’Ivoire et au Mali où il avait élu domicile parce que la législation sur la médecine dans ce pays se prêtait à sa volonté de faire reconnaître par le gotha scientifique mondial les vertus des plantes médicinales de sources africaines. Il est de retour en Côte d’Ivoire, précisément à Bouaké où il partage son temps entre son cabinet pharmaceutique au quartier Sokoura et son laboratoire du quartier Kennedy.